[Rocket Lab] Electron n°10 "Running out of fingers" (Microsats) - OnS - 6.12.2019

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Je suivrai Astro-notes dans son approche comparative.

Les deux lanceurs sont positionnés sur un segment de marché différent.

Electron peut mettre en avant sa réactivité et sa capacité à enchainer des lancements collant aux desiderata du client en terme d'orbite visée et de rapidité à effectuer le lancement, donc mordre sur une clientèle que SX pouvait espérer, mais qui va être captée (un avis qui n'engage que moi) par cette nouvelle famille de petits lanceurs proposés par des opérateurs, qui commence à grandir.

La F9 de SX peut joindre un mini-satellite à une CU principale plus grosse, ou lancer plusieurs mini-satellites en grappe, comme il le fait avec les Starlink (il faut avoir un dispenser adapté cependant). Faire du lancement multiple reste toujours délicat à gérer.

montmein69

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Effectivement ce n’est pas la même clientèle qui est visée...d’ailleurs dans son langage , Rocket Lab utilise le terme Picosat et pico , c’est très petit ...mille fois plus petit que nano...et un million de fois plus petit que micro !
Bon, d’accord , ce n’est pas à prendre au pied de la lettre ou plutôt du préfixe !
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Giwa
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Tu as raison, suivre les annonces dans leur démesure d'utilisation de préfixes que ce soit pour multiplier ou pour diviser ne me parait pas apporter grand chose.
Dans le titre du Fil, figure "Microsats" qui est déjà largement évocateur de la catégorie de satellites concernée.
La satellisation d'objets plus petits que le cubesat est-elle une pratique courante ?
montmein69
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@PierredeSedna a écrit:
@Craps a écrit:Il y a biensur des différences entre la F9 et électron, mais aussi pas mal de similitudes sur le profil de vol et Le mode de récupération de ces 2 lanceurs. Spacex et rocketlab sont en concurrence sur le secteur des petits satellites mais si rocketlab réussit à récupérer ces Premiers étages régulièrement (ce qui semble plutôt bien parti pour l’instant) je me demande si ces deux sociétés chercheront à échanger des données et du retour d’expérience sur leur profil de rentrée atmosphérique, la résistance des différents matériaux lors du retour, les protocoles de remise en état, etc... 
Cela pourrait leur être profitable à toutes les deux et leur faire gagner du temps ou générer de bonne idée pour leurs futurs programmes Ainsi, bien que concurrentes elles pourraient tirer bénéfice l’une de l’autre pour distancer le reste de  la concurrence..( alliance de circonstance)
Si des  spécialistes qui connaissent un peu les habitudes dans le secteur veulent bien donner leur avis je leur en saurait gré :

1) je divague complet, c’est inenvisageable !
2) oui c’est assez courant dans le secteur spatial et il y a de bonne chance que ça se fasse.
3) aucun intérêt soit pour l’un, soit pour l’autre soit pour les deux!
4) on est pas du secret des dieux, et ça dépend des besoins de chacun et des rapports qu’entretiennent ces 2 entreprises...
5) tu nous gonfle avec ta question bidon! (Une redite de la proposition 4, en un peu plus abrupte...)

C'est une excellente question, mais la réponse n'est pas simple. Il y a beaucoup de restrictions juridiques. Il faut se frayer un chemin entre des interdits. Il y a possibilité de trouver la solution si on a de très bons avocats.

En effet, le droit de la concurrence interdit et sanctionne lourdement les ententes entre des entreprises concurrentes. Le fait, par exemple, d'échanger des informations sur les prix, ainsi que sur les coûts est qualifiable d'entente illicite. Y compris entre deux filiales d'un même groupe qui se font concurrence sur des marchés ! Sur les sujets purement techniques, l'interdit n'est pas aussi absolu, mais on est quand même dans une logique où la règle est de ne pas se parler, même s'il peut y avoir quelques exceptions.

Pour qu'il y ait exception, il faut démontrer au juge que l'échange d'information va dans le sens du progrès économique, mais cela ne suffit pas. Il faut aussi démontrer qu'il y a un gain pour les consommateurs. Et attention, ce n'est pas un débat philosophique, il faut vraiment faire des calculs sur les gains pour les consommateurs et les faire apprécier par l'autorité de concurrence, ce qui peut prendre des années d'échanges de mémoires.

Deux sociétés concurrentes peuvent aussi créer une filiale conjointe pour organiser des recherches communes. Le projet de création de la filiale doit être au préalable autorisé par l'autorité de concurrence, qui va faire, notamment, une enquête de marché auprès des fournisseurs, des concurrents et des clients. Les témoignages, qui peuvent être des dénonciations, sont couverts par le secret pour prévenir les représailles des parties qui se sentiraient dénigrées. L'objectif juridique, cette fois, est de déterminer si les deux sociétés partiellement (ou totalement) rassemblées détiennent une position dominante sur des marchés et si elles sont susceptibles d'abuser de cette position dominante.

C'est là que tout se complique. Car tout dépend de la définition du marché pertinent. L'un des cas les plus célèbres dans les écoles de concurrence concerne l'industrie du jouet, c'est celui du marché des poupées. Si tu définis le marché pertinent comme celui du marché des poupées, il est peu probable que quelqu'un y détienne une position dominante, donc tu fais presque ce que tu veux. Mais si tu définis le marché pertinent, par exemple, comme celui des poupées de type Barbie, alors là, la position dominante est vite atteinte. Cela peut paraître marrant, mais le juge diligente des experts, des psychologues, qui vont voir les petites filles et qui leur demandent si elles sont prêtes à échanger leur poupée de type Barbie contre une autre poupée d'un style très différent. Si elles répondent majoritairement oui, le juge peut autoriser la fusion entre deux sociétés, ou la création de filiales communes, car il n'y a qu'un seul marché des poupées de tous types. Si les jeunes consommatrices répondent non, c'est que la référence est le marché des poupées de type Barbie, je ne vais pas rentrer dans le détail de qui a la position dominante, et le juge interdit l'opération.

Revenons aux fusées. Si le juge définit le marché comme celui des fusées récupérables, c'est cuit, Rocket Lab et SpaceX ne pourront pas créer de filiale commune pour échanger des informations techniques, car sur un marché ainsi défini, SpaceX détient à l'évidence à elle seule une position dominante. Mais cette thèse me paraît contestable, car a priori le client se fout de savoir si la fusée est récupérable ou consommable, ses critères de choix seront orthogonaux à celui de la réutilisabilité. Il  a un seul marché commercial des lancements à mon avis. Mais l'analyse peut se corser dès l'année prochaine, si le marché du lancement des smallsats est perçu comme distinct de celui des autres lancements. Si l'analyse conccurrentielle fractionne les marchés, en marché du géostationnaire, marché des mégaconstellations, marché du fret des stations, marché des équipages de station, etc., les coopérations entre acteurs du spatial deviendront difficiles.

Heureusement il reste une possibilité, celle de constituer une structure "ouverte" pour parler de technologies spatiales, par exemple un syndicat professionnel. Un syndicat professionnel a interdiction de définir des barèmes de prix, mais peut dans une certaine mesure parler de sujets techniques. Le juge peut vérifier que la structure est "ouverte", c'est-à-dire que n'importe quel acteur, même nouveau, peut y adhérer. Si la structure n'est pas totalement ouverte, tout se complique, car on retombe vite alors dans l'entente illicite ou dans l'abus de position dominante.

Tout cela se combine avec le droit de la propriété intellectuelle, qui est complexe. Il peut y avoir des licences gratuites. Des technologies peuvent être rendues publiques. Dans ce cas, tout le monde peut en profiter. Encore faut-il que les acteurs concernés le souhaitent, ce qui ne va pas de soi parce qu'ils n'y ont en général pas intérêt. Et les Etats ont évidemment aussi leur mot à dire, si des intérêts de sécurité nationale sont en jeu.

A titre personnel, je pense que l'on peut plaider la création d'une filiale commune entre Rocket Lab et SpaceX pour des recherches technologiques sur la récupération. Mais pas sûr que le juge me suive. De toute façon, la question est théorique, car les deux sociétés ne l'envisagent pas, et car l'Etat Fédéral Américain ne serait pas enthousiaste : même si la Nouvelle Zélande, pays dans lequel opère Rocket Lab,  est un allié des Etats-Unis, ceux-ci ne sont pas très partageux avec leurs alliés, nous en savons quelque chose.

@pierredesedna : Merci pour cette intéressante réponse qui met la lumière sur un aspect que j'avais négligé dans ma question: l'aspect juridique. :ven:
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